La Chine en couleur

25 mai 2016

Délégation de Beijing

Une matinée très fraîche. Visite de Pingmao avec Nora, Mingrong, Mégane et les 7 françaises de Pékin. Mégane prend de l'assurance on l'aide Nora et moi à traduire à savoir quoi dire à raconter des anecdotes : l’esprit du dragon protège le village du fait de sa forme arrondie donc on ne construit pas de route en ciment là où il passe ; les arbres abritant les esprits, on ne les coupe pas. Les trois pierres posées au sol la pinède ont été baptisées par un chamane sur le lieu de repos des passants pour leur apporter bonheur, faisant eux-mêmes du bien à la forêt, la protégeant, faisant des offrandes, ils reçoivent la protection des esprits.

A midi, nous sommes allés à l'école de Gaoliang. Nous avons partagé un repas chez une filleule. Ce fut un grand banquet avec tous les professeurs et la famille. La doyenne, âgée de 80 ans buvait beaucoup d’alcool de riz gluant et de baijiu, j’ai trinqué avec du thé et ce geste fut assez facilement accepté, le chef de famille m’a même servie son thé fait maison qu'il cultive lui-même. 

Nous avons marché plus d'une heure dans la montagne sur un sentier rénové tandis que Mingrong a eu le temps de décuver. Durant cette marche, nous avons été interrompus par un combat de taureaux, les propriétaires s’étaient croisés par inadvertance, ils nous ont demandé de nous abriter sur un pan de montagne pour éviter d’être blessées. Cela a duré une quinzaine de minutes.

Lorsque nous sommes arrivées près de Pingmao, il nous fallait traverser le pont pour rejoindre Mingrong et sa voiture. Mais le bout avait été cassé par l’orage, nous avons donc traversé le torrent à pied et avions de l’eau jusqu'aux fesses.

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15 mai 2016

Qiuka, village yao

13.05.16

Qiuka est un village yao situé à presque 1000 mètres d’altitude. On y accède à pied, l’ascension prenant environ 2H30. En cas de pluie forte, comme c’était le cas, le trajet est bien plus rapide puisqu’on ne peut profiter des splendides paysages.

Après un peu moins de deux heures, trempés de la tête aux pieds, Pascal, Nora, Mingrong et moi sommes arrivés chez le couple de chamanes. Ces derniers ont connu Françoise, leur amour pour elle perdure malgré sa disparition. Françoise a beaucoup aidé ce village reculé, puis, par la suite, Marine et Nora ont continué. Une école a été subventionnée par CDC mais est désormais trop endommagée et les nouvelles lois gouvernementales interdisent la restauration de ces écoles en bois, obligeant ainsi les écoliers de nombreux villages d’aller dans des écoles plus modernes mais éloignées de chez eux. Ils vivent ainsi dans le dortoir et reviennent peu chez eux. L’un des professeurs de l’école aimerait que CDC subventionne la restauration afin de faire de ce beau bâtiment une garderie. Le chantier semble faisable et est surtout en accord avec notre éthique d’aide aux enfants démunis et respect des traditions. Mingrong voudrait quant à lui utilisé l’étage pour héberger les visiteurs de Pays Miao qui jusqu’ici logeaient soit chez les chamanes, soit chez les voisins en cas de manque de place.

L’activité phare que proposent maintes agences de voyage dont Pays Miao est très en vogue dans la région bien que ce village soit encore peu connu. Les Yao sont réputés pour être un peuple préservant encore nombre de coutumes. Les bains aux herbes noires restant la plus connue de toutes.

Pays Miao propose aux visiteurs une excursion sur deux jours car le village est excentré, y accéder prend du temps. Les visiteurs sont souvent séduits par l’idée de prendre ce fameux bain mais aussi de rencontrer les chamanes, de partager un repas chez eux et de dormir sur place.

C’était l’anniversaire de Pascal, il a choisi cette activité car est un amoureux des randonnées et est venu à Qiuka à chacun de ses séjours à Danian. Le bain est très relaxant, il est réputé pour apporter longévité. Cette petite parenthèse nous a permis de nous déconnecter, de nous recentrer, de nous ressourcer. Pour ma part, j’ai eu droit à une nouvelle séance de soins pour mon pied. Après le bain, j’ai montré mon talon à la chamane, elle m’a demandé si je craignais la douleur ou non. Elle avait peur de me faire mal. Après mon consentement, la chamane est allée chercher une sorte de tige végétale qu’elle brûlait après l’avoir trempée dans de l’huile de thé. L’huile de thé ou de camélias est un des remèdes miracle de la région, les femmes l’utilise pour leurs cheveux, leur peau, apaiser des blessures… La chamane appliquait la tige brûlante sur mon talon, la sensation était assez proche de la cire chaude. Satisfaite de cette expérience, je l’ai remerciée et le lendemain bien qu’elle n’ait rien réclamé, au moment de partir je lui ai glissé un billet.

Les chamanes sont adorables, ils vivent de façon très traditionnelle et propose aux visiteurs un bain aux herbes. Une baignoire tout en bois est installée dans la salle-de-bain, la femme fait bouillir de l’eau où infusent des plantes très parfumées puis déverse cette eau noire dans la bassine. Chacun son tour, les visiteurs peuvent barboter le temps qu’ils veulent dans cette délicate infusion. Durant les successions de bains, les visiteurs sont assis autour du foyer, discutant avec les locaux et dégustant le thé à l’huile. Après que tous les visiteurs aient pris leur bain, un dîner est servi. De l’alcool de riz est servi dans de petits bols et la viande est en abondance signe que les invités sont reconnus comme importants et respectés.

Les yao élèvent des chevaux dont ils se servent pour le travail des champs tandis que les miao et dong utilisent plutôt les bovins. Les animaux logent à l’étage en dessous de celui sur lequel sont agencées les pièces à vivre. Chez les chamanes, un cheval, des poules et coqs et quelques vaches cohabitent dans cette pièce réservée aussi aux toilettes.

Après le dîner, la nuit tombant vite, les visiteurs vont se coucher sur des lits en bois, une grosse couverture sert de matelas une autre pour se couvrir. Le lit sure est très confortable et le bruit du torrent berce jusqu’au petit matin.

14.05.16

Selon le calendrier lunaire, nous sommes le huit avril, jour de la fête des bovins. Les travaux dans les champs commençant, les paysans célèbrent leur fidèle animal afin qu’il les aide à obtenir une belle récolte. Durant les fêtes, les spécialités culinaires de la région sortent leur plus bel apparat. Ainsi, des feuilles sont infusées puis broyées. Le riz gluant repose toute une nuit dans cette eau vert foncé et est cuit le lendemain. Sa blancheur disparaît laissant place à un noir bleuté. Certaines familles colorent leur riz en rose, d’autres en jaune, mais pour cette fête, c’est le noir qui prime car il symbolise la robe des bovins. Une autre explication serait que les bovins mangeant quotidiennement de l’herbe, les paysans feraient de même pour signifier leur complicité, leur partage, en dégustant le riz cuit dans diverses herbes.

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du 28 avril au 12 mai

28.04.16

Aujourd’hui, j’ai envoyé les dossiers sur lesquels j’avais travaillé avant-hier, à mon équipe et j’ai assisté aux remises de dons et lettres de parrains par Annie. Tant de nouvelles choses apprises au quotidien, je me régale. 

Le soir, nous avons dîné avec le chef de la police et un de ses collègues dans un excellent restaurant barbecue qui fait aussi karaoké.

29.04.16

Partis à 9:30 ce matin, nous nous sommes d'abord rendus dans l'école du village Cendong où six filles sont parrainées par la délégation de Taishan. Nous avons pris trois voitures pour pouvoir tous y aller, nous étions en tout vingt-trois en comptant les deux ayi et les conducteurs. Le temps était pluvieux et gris mais il n'a pas plu durant notre visite de l'école. En arrivant, les élèves étaient rang dans la cours et les marraines leur ont distribués des t-shirts, et des bonbons. Ensuite, les six filleules ont reçu des cadeaux personnels de la part de leur marraine. Le directeur a fait un discours pour remercier couleurs de Chine et rappeler les règles de bonne conduite.

Nous sommes partis vers 13:00 pour aller déjeuner dans le même restaurant que celui où nous étions allés le jour de la fête du trois mars lunaire. Après le repas, nous sommes allés assister aux démonstrations de danses et chants dong et miao. La fête du 23 mars lunaire est bien moins animée que celle du 3 mais nous avons fort apprécié les festivités. Durant le spectacle, un jeune m'a demandé si je parlais chinois. Nous avons donc bien bavardé, les garçons m'ont invité à boire le thé chez eux avec mes amis étrangers. J'ai du repousser l'invitation car il était déjà tard. Ils m'ont donc proposé que j'invite tous les étrangers à rejoindre leur danse. À la fin des prestations donc, les spectateurs sont entrés dans la ronde entourant une chanteuse. Nous nous sommes joints à eux et avons tourné autour d'elle durant une dizaine de minutes en fredonnant un refrain dong. Trois à quatre rondes s'étaient formées, ce moment de partage fut très plaisant.

Nous sommes partis à 16h pour Fulu où une foire était installée. Mes nouveaux amis étaient bien tristes que nous ne restions pas pour regarder les feux d'artifices et partager un repas avec eux. Lorsque nous sommes arrivés à Fulu, les stands étaient presque tous démontés, la foire n'a pas duré bien longtemps du fait de la pluie incessante. Pascal et moi avons rapidement traversé les quelques étales restantes et avons attendu les autres dans le van.

Nous sommes finalement rentrés à presque 20H car il a fallu attendre plus d’une heure pour traverser la rivière tant les voitures étaient nombreuses à vouloir passer de l’autre côté. En rentrant, nous avons rencontré quatre autres français arrivés dans la journée et qui repartent demain. J’irai avec eux demain matin à Gaoma car Pays miao n’a pas assez de guide pour s’occuper de tous les groupes.

30.04.16

Il a plu toute la nuit et ce matin nous n’étions pas sûrs de pouvoir prendre la route tant le ciel pleurait à sanglot. Finalement, nous avons pris la voiture vers 10H pour Gaoma avec les quatre visiteurs français et la pluie s’est arrêtée peu de temps après notre arrivée. Nous avons visité ce joli petit comté miao fait de cinq petits villages. Les habitants nous invitaient à visiter leur maison et prendre le thé à l’huile local. Au cœur du village, une petite maison de repos pour les personnes âgées a été construite par Françoise, des vieux y fumaient à l’entrée tandis que des jeunes regardaient la télé à l’intérieur. Plus loin, une pierre ronde trône au centre de la place, c’est l’autel du dieu du foyer du village, on y fait des offrandes pour ce dernier à chaque grande fête. Nous avons aussi appris que sur de nombreuses maisons étaient accrochés un miroir et une paire de ciseaux qui repoussent les mauvais esprits, cette tradition peut être remplacée par une plaquette en bois gravée de prières. Mingrong nous a appris beaucoup de choses, comme les morceaux de tissu coloré accroché aux terrasses des maisons pour indiquer qu’une fille a quitté le foyer suite à un mariage.

L’excursion était très riche tant en culture qu’en botanique. Nous sommes rentrés accompagnés du soleil, les français sont partis après le déjeuner. Quant à moi, j’ai traduit le fichier comptabilité du mois d’avril. Cela m’a pris l’après-midi, mais comme toujours, je me réjouis du résultat.

01.05.16

Les visiteurs sont allés visiter Gaoma ce matin tandis que je suis restée à la maison avec Pascal pour répondre aux mails envoyés par des parrains. Hier soir, le groupe de Taishan est resté éveillé jusque tard, nous avons passé la soirée à discuter de multiples sujets, Pascal et Zhou étaient aussi de la partie. Zhou est un guide véritablement passionnant, ce n’est pas son métier de prédilection, aussi va-t-il rentrer chez lui ce soir, Xiao Chen (Mégane) va donc reprendre ses fonctions. Il m’a introduit à une étude anthropologique qui se consacre à l’origine génétique des différents peuples du monde, considérant que nous pouvons retracer notre histoire à partir du chromosome Y et de l’ADN mitochondriale. Contrairement aux autosomes ou au chromosome X, tous les ADN mitochondriaux présents dans les populations humaines peuvent provenir d’un ancêtre maternel commun. Ces marqueurs sont donc utilisés pour suivre l’évolution de la population humaine, son histoire, ses migrations géographiques. Une étude passionnante qui atteste d’une origine commune et qui lutte ainsi contre les thèses racistes. Après un bel exposé, Zhou est allé chercher une veste miao qu’il a achetée dans le Guizhou. Nous nous sommes amusés à l’essayer, le tissu est de grande qualité, les broderies sont faites à la main, une réelle œuvre d’art.

02.05.16

Quel agréable réveil que celui de ce matin. J'ai enfin pu dormir jusque 8:30 éveillée par les conversations matinales des voisines. Je me suis rapidement préparée car la veille, Nora était venue discuter avec Pascal et moi du programme et nous avions convenu de nous retrouver tôt pour travailler. Elle est arrivée vers 22:00 et est repartie à minuit. Nous avons parlé du travail à faire, des collègues, de l'organisation de l'association, mais aussi et surtout d'alcool. Elle avait passé le début de soirée chez M. Chen puis la seconde partie avec M. Ma, le commerçant et ses acolytes. Elle aimerait que je me rapproche des Chen, qu'ils soient ma deuxième famille comme ils le sont pour elle.  

Ce matin donc, Nora a apporté l'ordinateur de travail pour que Pascal le nettoie. Cela a pris la journée. Elle est allée se reposer dans la chambre du haut tandis que les ayis nettoyaient le bas et que je travaillais à faire les bilans du semestre pour les délégations.

Nous avons déjeuné puis, désireux de profiter du beau temps, sommes allés avec Neiyo dans sa rizière. Nous sommes partis à 13:30 et sommes arrivés à plus de 15:00. Les champs de Neiyo étaient inondés car elle n'y est pas allée depuis longtemps. Elle a tout de même déposé son fumier puis après une heure elle est allée cueillir des pousses de bambou pour notre dîner. Nous avons croisé plusieurs paysans qui transportaient des pesticides et insecticide ainsi que de l'engrais industriel. Les cultures ne sont donc pas biologiques. Nous avons mangé des framboises sauvages et bu de l'eau de source. J'ai aussi bu, par manque d'attention, de l'eau qui s'écoule des rizières, donc pas très propre. Fort heureusement, je ne suis pas tombée malade. Pendant que Neiyo labourait son champ, j'ai ôté mes chaussures et chaussettes trempées puis ai baigné mes pieds dans la rizière. J’imaginais alors nos salons qui proposent des soins des pieds, des bains de boue…

Le soleil tapait très fort, nous sommes rentrés avec les coups de ce dernier bien visibles là où notre peau était découverte. Pour aller jusqu'aux champs, nous avons traversé à quatre reprises des ruisseaux. J'étais avantagée par ma jupe mais mes bottines n'ont pas trop apprécié le bain forcé et sont après une journée au soleil toujours trempées.

En rentrant, nous avons pris une douche bien méritée puis j'ai repris mon travail jusqu’au moment où j'ai entendu l'orage prendre de plus en plus d'ampleur. Quelques minutes après avoir éteint mon ordinateur, des éclairs ont jailli du ciel, la pluie est tombée en abondance. Nous sentions que l'électricité allait se couper et ça n'a pas raté. De 18:30 à 19:30, puis une nouvelle coupure puis de nouveau un retour à la normale. Les ayis ont mangé avec nous et sont parties en même temps que Nora lorsque la pluie s'était calmée. Nora était d'humeur sombre toute la journée alors qu'elle était si joyeuse hier soir. Pascal et moi sommes restés discuter jusque 22:00 en grignotant des pépites. Ce fut une belle journée, il me reste encore beaucoup de travail mais j'avance bien. 

03.05.16

Après une matinée assez calme où j’ai pu faire ma lessive et l’étendre entre deux allers-retours au bureau. Jia Lixin a mal imprimé six des cartes de parrainages que j’avais préparé, je suis donc allée les récupérer pour les refaire dans l’après-midi. Il m’a aussi demandé de lui envoyer mon CV pour qu’il le transmette aux autorités de Liuzhou, qui semblent satisfaites d’un document en français.

La loi votée il y a quelques jours concernant les ONG internationales en Chine est assez effrayante. L’avenir de notre association et surtout des membres du bureau de Danian est incertain voir compromis. Nous espérons que la loi soit revue ou du moins, que les policiers, qui auront tous les droits d’après les nouvelles normes applicables dès 2017, nous laisseront en paix. Pour le moment, nous avons un bon rapport avec eux et notre mission consiste à parrainer des enfants pauvres pour qu’ils aillent à l’école et donc apprennent le chinois. En quelque sorte, la Chine devrait s’en réjouir et nous donner carte blanche.

J’ai déjeuné avec Pascal tandis que Mingrong installait des tentures miao sur les murs. Ils sont tous deux allés dans un village pour observer comment sont faites les vanneries. Ce midi, nous avons eu une coupure d’électricité pendant un peu moins d’une heure, sans trop comprendre la raison puisqu’il faisait très beau. J’ai décidé de travailler avec ma batterie branchée, ayant peur de perdre toutes mes données si jamais une autre coupure avait lieu. Ce ne fut pas le cas, mais mieux vaut prévenir que guérir. J’ai passé l’après-midi seule dans la maison à terminer le bilan pour la délégation de Hong Kong que j’avais préparé la veille. J’ai fait une pause à 20H et ai finalement terminé après une trentaine de minutes de travail supplémentaire. Ce fut long mais quel bonheur que d’aller jusqu’au bout d’une œuvre entamée.  

 

04.05.16

De 8h ce matin à 18H ce soir, l’électricité était coupée. Ayant passé une quasi nuit blanche, j’ai profité de ce moment de répit avec la modernité pour m’assoupir une petite heure. Quatre visiteurs sont arrivés pour l’heure du déjeuner et sont allés se promener « en ville », profitant du retour du soleil. Je suis restée à la maison pour finir mes pré attributions de filleuls, avancer sur le calendrier prévisionnel que je compte, lorsqu’il sera complet, partager avec toute l’équipe de CDC afin que nos tâches annuelles soient plus claires, connues de tous, permettant ainsi un meilleur fonctionnement de l’association, une meilleure organisation et cohésion. J’utilisais ma batterie d’ordinateur et n’ai pas eu de soucis mais elle était presque vide en fin de journée.

05.05.16

  Nora est partie ce matin pour Guilin puis ira à Shanghai pour un gala et reviendra le 12. J'ai accompagné les visiteurs à Guishu, le village où sont scolarisées les deux filleules. Il a fait très chaud et ce soir encore, l'air est lourd et humide.

Nous avons croisé un vieil homme triant les grains de riz glutineux à l'aide d'une vieille machine d'antan. La récolte de riz gluant se fait fin septembre et on laisse les épis sécher un an ou plus avant de trier le grain et de le consommer.

Les deux filleules étaient comme toujours très timides, comme gênées de recevoir des cadeaux. Nous avons mangé chez l'une d'elle. Les parents nous ont servi un repas qui est souvent assez semblable dans les familles miao : un poulet que l’on vient d’égorger et que l’on cuit dans un bouillon accompagné de quelques feuilles en soupe et de riz gluant le tout assaisonné d'une sauce à base de sang.

En rentrant, j'ai enfin acheté les chaussures vertes en toile que tout un chacun possède ici. Les crampons sont parfaits pour les routes et rizières glissantes. J'ai ensuite dîné avec les ayis en remarquant que Neilian allait mal. Elle a finalement avoué avoir des problèmes avec son mari mais ne pas avoir d’autres solutions que de subir.

06.05.16

Encore une coupure d’électricité qui a duré jusque 13H. Je suis allée au bureau ce matin, mais du fait de la coupure, l’équipe n’était pas là, n’ayant pas encore la clef, je suis donc rentrée pour observer un couple d’hirondelles qui a décidé de faire son nid sur le lampadaire en osier de notre terrasse. Cet après-midi, les ayis m’ont montré comment faire les baba, ce sont des galettes de riz gluant. Il suffit de faire cuire le riz, après l’avoir laisser tremper plusieurs heures puis de l’écraser avec une sorte de mortier actionné par le pied. L’engin est très lourd et donc épuisant. Neilian tapait du pied tandis que Neiyo ajoutait régulièrement de l’eau à la pâte qui se formait. Une fois la texture désirée obtenue, on ajoute des cacahuètes pilées et du sucre.   

Après cette leçon, je suis allée au bureau pour distribuer les lettres et colis à l’équipe pour qu’elle les enregistre, que Xiao Shi traduise puis que Jia Lixin (qui était absent) les envoie.

Cet après-midi passé au bureau fut des plus agréables. Pascal réparait l’ordinateur de Xiao Ye, alors que je mettais à jour nos données. L’équipe est partie vers 17h, Pascal et moi vers 18H30.  Le soir, sur la terrasse, nous avons eu de la compagnie : un papillon de la taille d’une chauve-souris, deux lézards proches du geiko, le petit rat qui est là depuis le début mais très timide et discret puis un petit crapaud.

07.04.16

Pascal et moi sommes allés au marché de Fulu, le petit village de l’autre côté de la rive. Ce marché a lieu tous les cinq jours en suivant le calendrier lunaire. Nous sommes donc partis en même temps que les visiteurs qui se rendaient à Congjiang pour retourner à Guangzhou. A leur départ, l’une d’entre eux a fait un don de 2000 yuans pour CDC alors qu’elle n’est pas marraine, elle a beaucoup apprécié ma compagnie et mon discours sur nos missions, objectifs, éthiques.

Le marché était peu peuplé, les commerçants ouvraient quelques boutiques, rien de bien folichon. J’ai tout de même acheté deux paires de chaussures, un petit sac miao et des semelles pour mes bottines, qui, après trois jours sont encore humides.

Mingrong est venu nous chercher une heure et demie après environ. Après le déjeuner, je suis allée au bureau pour faire le bilan pour la délégation de Beijing. C’est chose faite, je l’ai envoyé à Nora et attend son aval pour l’envoyer à Beijing. J’ai reçu le fichier ce midi et ne voulais pas attendre jusque lundi pour le faire peu importe que l’on soit samedi. Après tout, j’ai déjà flâné toute la matinée.

10.05

Nous sommes partis à neuf heures trente ce matin et sommes arrivés ai village HuangNai où étudie la filleule de la compagne de pascal. Nous sommes allés déjeuner chez sa grand mère, la petite nous y attendait n'étant pas à l'école car malade. Elle avait une petite mine mais était adorable. Les professeurs nous ont accompagnés dans la vieille maison, le moment de partage était très plaisant malgré la pauvreté extrême de la famille. Les parents de la filleules rentrent une fois par an au village, durant la fête du printemps, ils récoltent la sève des arbres, comme beaucoup de villageois du coin, dans le Guizhou, province voisine.
Nous sommes ensuite allés à Zhenmin, un village isolé et très délaissé. Les enfants n'avaient jamais vu d'étrangers. Les petites filles me posaient des milliers de questions, mes yeux et mes cils sont ils naturels, où se trouve mon pays, mes parents... Danian est à environ 50 km de là mais aucun enfant n’en avait entendu parler. Les filles m’ont supplié de rester, ne le pouvant elles m’ont demandé de revenir. Je leur ai promis sans donner d’échéance et leur proviseur leur a promis de les emmener à Danian prochainement. C'était un moment fort, difficile de les quitter.
Une heure après environ, nous sommes partis pour Gondong le village où étudie la filleule d'Anne, une marraine qui est aussi bénévole pour la délégation de Hong Kong. Elle était venue il y a huit ans lorsque Françoise était encore vivante. Depuis sa mort, personne de pays miao n'était revenu par ici.

Nous sommes ensuite allés voir la filleule d’un collège à Gongdong. Elle était très touchante, très timide mais adorable.

11.05.16

Ce matin, je suis allée au bureau pour travailler sur de nombreuses tâches que Nora m’avait transférées la veille. L’électricité a été coupée de 7H30 à 17H. Pascal et moi avons déjeuné puis sommes allés grimper la montagne avoisinante. Nous sommes allés vers Guihe. Le soleil tapait fort, les chemins escarpés étaient agréables malgré les milliers d’insectes s’amusant à nous enquiquiner. En rentrant après trois heures de marche, j’ai de nouveau travaillé puis les Ayis m’ont demandé de les aider à traduire les prix de leurs broderies. La soirée fut mouvementée par la présence d’une dizaine de scorpions dans les chambres des visiteurs. Les ayis ont dit qu’ils n’étaient pas dangereux et ont pulvérisé la maison le lendemain d’insecticide.

J’ai demandé à Zongjing et Lindy, les deux chinoises venues la semaine dernière si je pouvais écrire un article et le publier sur notre site avec leur photo afin de faire l’éloge de leur générosité, elles ont accepté l’idée mais veulent d’abord lire avant de donner leur accord total.

12.05.16

Après être allés sur la tombe de fanfan, nous sommes allés voir un filleul mais le professeur nous a présenté une petite fille alors que nous nous attendions à un garçon. Nous lui avions donné son nom et numéro d'étudiant et il a comme pioché au hasard dans sa classe. Une autre prof est venue après que nous ayons montré notre désaccord. Elle nous a assuré que c'était son élève et est allée chercher une autre petite fille. Agacés nous sommes rentrés vérifier le fichier filleul et la marraine s'était finalement trompée. Nous avons déjeuné à Danian dans un super bouiboui de mifen (soupe de vermicelles de riz) et yuntun (raviolis à base de farine de riz). Excellente adresse en face de la banque. Nous avons repris la voiture pour Gongdong où les visiteurs voulaient faire des achats, mais finalement n'ont rien trouvé. Puis, nous sommes retournés à Jige dans l'école pour présenter nos plus plates excuses et donner les cadeaux à la filleule. Elle était très perturbée ne comprenait pas vraiment. Elle nous a invités chez elle avec le proviseur  qui a accepté nos excuses avec beaucoup d’empathie, le cœur sur la main et une douceur pleine d'amour dans le regard.

Nous sommes allés visiter Pingmao un village dong où il reste quelques maisons fortifiées de l'époque du changement de régime politique. Les riches se sont enfermés dans ces forteresses pour se protéger des communistes qui les menaçaient et prenaient leurs terres et richesses pour les redistribuer.

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28 avril 2016

de retour

26.04.16

Après une longue absence pour raisons administratives, je suis revenue à Danian hier soir. La maison de pays miao est occupée par l’une de nos fidèles marraines, Annie et sa fille, ainsi qu’une autre marraine âgée de 22 ans et Pascal notre informaticien bénévole qui est déjà venu plusieurs fois.

 J'ai enfin repris mon travail. J'ai passé près de huit heures sur mon ordinateur et suis très heureuse du résultat. Le fichier des commandes de colis, celui des dons ont été rapidement faits. Par contre, les cartes de parrainage et les lettres qui les accompagnent m'ont pris beaucoup de temps. Nora m'a aidée sur la fin, elle a repéré des erreurs que je n'avais pas remarqué certainement du fait de mon immersion dans les fichiers. Mon attention était affectée par le trop de concentration. Ce n'est pas faute de le savoir pourtant qu'il est primordial de faire des pauses mais c'est une réelle lutte contre ma nature primaire qui se met en place. N'aimant pas être en retard dans mon travail, je me consacre à une tâche jusqu'à sa finition or il serait bon, je me le répète, de souffler pour reprendre de façon plus fraîche, en étant ressourcée.
Durant l'après-midi, Lisa est venue avec une amie à elle qui était notre filleule il y a quelques années. Elle est à présent assistante dans une école et vient nous demander si l'on peut subventionner une partie des frais pour acheter des chaises et des tables. Elle doit nous proposer un devis avec une lettre d'explication puis nous irons sur place pour vérifier et prendre des photos afin de les présenter au bureau parisien de Paris.

Le soir, nous avons fêté l’anniversaire de la fille d’Annie, les Ayi ont mangé avec nous ainsi que les deux guides, Mingrong et Lisa.

27.04.16

Ce matin, je pars avec Jia Lixin, Liang Bo et Pascal à 8H30 pour visiter un chantier, vérifier que le devis est juste.

Nous sommes partis à 8:30 et somme arrivés à l'école de Xishan à 11:30. Le directeur nous attendait, nous avons apporté les frais de scolarité de nos filleuls puis sommes allés avec le directeur à Xiaochou où un autre directeur et des professeurs nous attendaient. Ils nous ont présenté leur projet de construction d'une nouvelle cantine, celle existante étant sur le point de s'effondrer n'étant retenue du vide que par des poteaux en bois. Discutant du projet avec Pascal j'ai réalisé qu'il serait plus juste, moins dangereux, de construire la cantine à quelques mètres de la falaise sur le sol déjà bétonné. Après discussions, ils ont été d'accord avec cette proposition, de raccourcir un peu la cour de récré plutôt que de reconstruire au même endroit comme ils le suggéraient. L’école est très pauvre, tandis que celle de Xishan est refaite à neuf. Les enfants étaient d'abord distants puis ont commencé à discuter avec moi, m'appelant respectueusement professeur et me posant plein de questions.

Nous avons déjeuné avec l'équipe et j'ai trinqué avec eux avec mon thé tandis qu'ils buvaient de la bière. Chen Yubao, le directeur, m'a rappelé que Nora buvait beaucoup, mais qu'au début. Tout comme moi, elle n'était pas habituée. Message subliminal que je perçois mais je resterai ferme et fidèle à mes choix.

Après le repas, nous sommes allés dans le bureau pour parler affaires. Pour le moment au ciné décision n'est prise.

Nous sommes ensuite retournés à l'école de Xishan pour donner deux colis. Les filleules les reçurent avec peu d'enthousiasme, trop timide d'après Jia Lixin. Nous les avons prises en photo, j'ai demandé qu'elles sourient afin que leurs parrains puissent se réjouir du résultat de son geste. Elles sont très timides face aux professeurs, trop respectueuses dirons- nous pour s’esclaffer.

 Cette virée m'a permis de rencontrer des professeurs, de me présenter comme remplaçante de Nora et de déposer des frais de scolarité ainsi que deux colis pour deux de nos filleules.

Le soir, une partie de la délégation de Taishan est arrivée (un groupe de 12 femmes et enfants), à laquelle c’est ajouté un couple avec un bébé. Nous étions très nombreux lors du dîner et la maison ne pouvant recevoir que 9 hôtes, certains sont allés à l’hôtel.

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narrations tardives

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Nora est arrivée en fin de matinée pour me former à Pays Miao, je connais désormais le rôle de chacun dans l’équipe, mais n’ai pas encore rencontré Liang Xueyi le chauffeur, Zhou le guide et Mégane la guide stagiaire.

Après ma formation, je suis allée chez le chamane pour changer mon pansement. En arrivant à l’entrée du bâtiment, j’ai compris que ce soir allait être festif. Les femmes étaient en train d’installaient une dizaine de plats sur trois tables différentes, les hommes arrivaient les uns après les autres. Chaque famille choisit un soir particulier pour se réunir et fêter le Qingmingjie. Le chamane m’a dit que nous allions d’abord manger et nous verrons mon pansement après. Je me suis attablée avec les femmes et les enfants. Ma voisine, la professeure de mathématique était très curieuse de nos différences culturelles et me posaient plein de questions. A la fin du repas, je suis allée saluer les hommes qui m’ont de suite invitée à boire avec eux. Je me suis excusée en leur souhaitant une bonne soirée. Lorsque j’ai remercié le chamane pour son accueil il m’a répondu que je ne pouvais partir sans trinquer avec lui. Je me suis de nouveau excusée et ai refusé mais il a répondu qu’il n’irait plus chercher des plantes pour moi dans la montagne. J’ai eu le malheur de répondre devant tout le monde que je lui avais donné de l’argent, ayant perdu la face, il s’est vexé et a voulu me rendre l’argent. J’ai refusé en lui disant que cela n’avait rien à voir. Il était déjà ivre comme tous les autres hommes. Finalement, agacé, il a grogné qu’il n’en dirait pas plus, ce qui sous-entendait la fin de notre conversation et le début d’un malentendu. Je pense que j’ai surtout fauté en parlant d’argent, afin de m’excuser pour cette impolitesse, je vais lui apporter quelque chose de Fulu.

J’ai raconté tout cela à Nora en rentrant. D’après elle, je risque de me couper d’une partie de la vie locale car il n’est pas un soir où ils ne boivent pas et qu’elle et Marine ont toujours bu avec les hommes pour montrer leur force de caractère et leur place importante. Pour ma part, je considère que je suis une femme et qu’il n’est de raison que l’on me force à boire d’autant que les villageoises ne boivent que très très occasionnellement. J’ai donc décidé d’être ferme dans ma décision et de suivre mes principes. En mai, je rencontrerai une femme ayant un rôle important, elle travaille pour les autorités à Liuzhou. Je verrai comment elle réagit face à l’alcool.

 

09.04

Mingrong et moi sommes allés chercher les quatre français à Congjiang. Laurence parraine sa filleule Da Suwen, depuis douze ans, cette dernière est désormais en première année universitaire et ne serait allée si loin sans l’aide de CDC. La marraine est venue avec trois de ses amis, c’est leur premier voyage en Chine. Da Suwen nous attendait sur le chemin pour accueillir sa marraine.

Zhou, le guide de Pays miao est arrivé avec le même train à Congjiang, il parle très bien anglais mais, étant han, ne comprend ni ne pratique le miao et le dong.

Après les présentations, nous nous sommes dirigés vers notre van mais quelqu’un avait vidé l’air de notre pneu arrière. D’après Mingrong, ce peut être des travailleurs du parking de la gare qui auraient fait cela parce que nous ne nous sommes pas garés là-bas et n’avons donc pas payé notre place. Mingrong a regonflé le pneu puis nous sommes allés en direction de Fulu. Sur le chemin, nous avons dû descendre du van et marcher jusqu’à un bus stationné plus loin car un éboulement bloquait la route. Mingrong a dû faire demi-tour et nous a rejoints dans l’après-midi. Nous avons pris le bus

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jusqu’à un restaurant puis sommes enfin arrivés à Fulu. Un immense marché sillonnait les ruelles fait d’échoppes de fruits, brochettes, jouets, bijoux, vêtements, outils, paniers. Il y avait même des lapins nains et hamsters russes, cela fait très peu de temps que les chinois commencent à avoir des animaux domestiques, ce fut pour moi une surprise d’en voir dans un tout petit village. Nous avons rencontré Mégane, la guide stagiaire de Pays Miao qui remplacera Zhou à son départ très prochain. Nous avons été pris en photo des centaines de fois et nos quatre visiteurs français en ont fait tout autant tant ils découvraient un monde qui leur était inconnu.

En rentrant, il nous fallait traverser la rivière avec le bateau, nous avons attendu plus d’une heure car en ce jour de fête, le nombre de voyageurs était multiplié par dix. Durant l’attente, j’ai rencontré un instituteur de Renli, le petit village d’où vient Mingrong. Il est très aimable. J’ai discuté avec Zhou qui est très cultivé, il est en train d’écrire un livre sur les différentes minorités du sud de la Chine et est passionné par le Yunnan. Avec plusieurs hommes rencontrés aujourd’hui, j’ai parlé du fait que je ne buvais pas d’alcool et que ça semblait un problème. Ils m’ont tous dit qu’il n’y avait aucune obligation, que je pouvais trinquer à l’eau, ou boire une seule gorgée ou demander du thé. Je suis ravie de ressentir leur soutien et surtout de voir que ce qui semblait un problème n’en est finalement pas. Encore faut-il vivre la situation, j’en saurai donc plus lors de mon prochain repas arrosé.

Arrivés à la maison vers 18H30, les Ayi ont préparé le repas et Nora nous a rejoints. Après le dîner, nous sommes allées voir le chamane, je lui ai apporté un petit cadeau, il était très touché, son sourire en recevant le cadeau était comme celui d’un enfant, pur et doux. Il m’a chanté une chanson et m’a soigné. Nos relations sont donc en bonne voie.

 

10.04.16

Aujourd’hui nous partons pour le village de Da Suwen, nous mangerons chez ses parents.

La route depuis Danian est encore très difficile d’accès. Les chemins de terre vallonnent la montagne et se transforment, en cette période de grandes pluies, en boue glissante où des cratères remplis d’eau piègent les roues des véhicules. Nous avançons très doucement et sommes régulièrement obligés de continuer à pied du fait d’un éboulement d’un pan de la montagne. Après quelques kilomètres, la route refaite à neuf, toute bétonnée, rend enfin le trajet confortable. Nous sommes arrivés à Daxun, le village de Da Suwen vers 12H30, nous étions partis à 09H30 et devions mettre seulement 2 heures. Les aléas de la route sont fréquents, surtout en cette période de l’année.

Arrivés au village, nous avons été accueillis comme des rois dans la famille, nous nous sommes rassemblés autour du chaudron au milieu de la pièce principale. Ensuite, nous avons déjeuné, avons trinqué et j’ai pu mettre en pratique ma solution pour éviter l’alcool, j’ai précisé que je ne pouvais supporter l’alcool mais que je serais honorée de trinquer avec du thé. Le message m’a paru très bien passé, je continuerai sur cette lancée car le père et les frères étaient heureux de mon geste. Les vieilles femmes ont aussi trinqué avec chacun d’entre nous, mais avec un soda à la banane. Je suis donc rassurée et surtout ravie de pouvoir respecter ma santé, mes principes.

Après le repas, Da Suwen nous a habillé en miao et nous avons tous pris des tonnes de photos, nous sommes même allés sur la place principale pour poser avec les vieux qui s’y réunissent. Les émotions étaient fortes et belles. 

L’un des frères a beaucoup parlé avec moi, sachant que je reprenais le poste de Nora, il m’a invité à venir quand je le voudrais et surtout le seize du onzième mois lunaire qui est une fête très importante chez les miao où des concours de lusheng (instrument à vent) sont organisés.

11.04.16

Nous avons eu un magnifique temps. Le matin, je suis restée travailler les dossiers comptabilité avec Nora et l’après-midi, je suis allée à Gaoma avec les français pour visiter une école où le filleul de la marraine étudie. J’ai rencontré le directeur ainsi que les professeurs qui ont su m’accueillir le cœur sur la main, les yeux remplis d’amour. Après remise de cadeaux au filleul et de ballons aux enfants, nous sommes allés parcourir les rizières en terrasse, guidés par le père du filleul. Après près d’une heure d’escalade sur des chemins escarpés et souvent glissants car boueux, nous sommes arrivés en haut de la montagne où une vue impressionnante nous attendait. Le soir, j’ai aidé les Ayi à présenter leur artisanat aux invités. Elles fabriquent de très beaux objets à la main, des sacs, des housses de coussin, des vêtements, des bijoux et les vendent à un modique prix.

12.04.16

La journée fut de nouveau arrosée et grisâtre. Les invités devaient visiter un village dong mais sont finalement restés dans la maison à faire du taiqi avec Zhou et s’en sont allés à la gare de Congjiang à 14H. Pour ma part, j’ai pris le petit déjeuner avec les Ayi puis je suis allée boire le thé chez Neilian un peu plus tard, ensuite, Nora et moi sommes allées au bureau pour régler des problèmes administratifs et vérifier que l’équipe s’en sortait en cette période assez lourde en travail. Nous avons mangé à la maison le midi avec les invités le riz gluant que les parents du filleul leur avaient offert la veille. Ils nous avaient invités à rester dîner mais les invités n’avaient pas du tout apprécié le repas miao que l’on avait partagé chez les parents de Da Suwen, ils ne voulaient donc pas retenter l’expérience. L’après-midi, je suis retournée au bureau et j’ai enfin fait du début à la fin une liste de pré-attribution à la délégation de Hong-Kong. Nous avons quitté le bureau à 18H et sommes allées chez Neilian pour dîner. Le repas fut succulent, l’ambiance conviviale. Son hospitalité et son grand cœur captivent toute personne qui la rencontre. Après le repas où Bolian, son mari nous a rejointes, Nora a mis des photos de ces dernières années sur leur ordinateur puis je suis allée avec Neilian chez sa grande fille qui tient une boutique de vêtements. Elle a 28 ans et deux enfants, son autre fille a 26 ans et deux enfants aussi, le garçon, plus jeune de trois ans est encore célibataire et vit à Canton.

13.04

Chaque matin à 6H30, la musique de l’école réveille en douceur tous les habitants, puis une voix prévient que les cours commencent à 8H30, appelant écoliers et professeurs à venir en cours. Le soir, rebelote cette fois pour annoncer que les cours se terminent et qu’il faut rentrer se coucher. Pour ceux qui vivent en pensionnat, s’ils ne rentrent pas avant 21H, la porte sera verrouillée et ils seront le lendemain punis pour leur manque de discipline. Ce matin, malgré cette musique, j’ai réussi à me rendormir et me suis levée un peu plus tard que d’habitude, un peu avant 8h. Neilian qui est habituée à cette mélodie ne l’entend même plus, son sommeil est profond et imperturbable, peut-être aurai-je cette chance après quelque temps d’adaptation.

Les français qui devaient arriver la veille au soir ont du passer la nuit à Fulu car le niveau du fleuve était trop haut pour pouvoir le traverser. Ils sont arrivés ce matin et sont allés dans la rue commerçante pour acheter des chaussures de randonnée (les fameuses chaussures en tissu vert que portent les soldats) et des cadeaux pour leurs filleuls qu’ils verront demain. Durant leur absence, je suis allée chercher de l’eau de source avec Neiyo. De l’autre côté du pont se trouvent deux tuyaux desquels l’eau de la montagne s’écoule, nous avons rempli deux sceaux que j’ai porté à la façon traditionnelle sur les épaules. Le poids est très lourd, je sens encore, après plusieurs heures, un point douloureux dans mon dos. Les ayi m’ont félicitée en précisant que j’étais la première étrangère à réussir à les porter jusqu’à la maison. Après le déjeuner en leur compagnie, je suis allée au bureau pour travailler sur les dons et colis de mars. Finalement, je n’ai pu faire le travail attendu car le fichier envoyé par Paris est erroné, je suis donc restée au bureau avec Nora et toute l’équipe pour régler d’autres formalités administratives, organiser mes prochains déplacements dont un pour mon visa, un autre pour un gala que la délégation de Shanghai a programmé.

Demain matin, nous partirons, Jia Lixin, Nora et moi pour Sanjiang, ville à mi-chemin entre Danian et Liuzhou (où siègent les autorités) pour déjeuner avec les autorités qui veulent me rencontrer. 

14.04.16

La journée fut forte en émotions. Nous sommes partis à 9H20 ce matin en direction de Sanjiang, l’une des grandes villes du Guangxi pour notre déjeuner officiel. Nous avons dû prendre un chemin différent car la rivière était trop haute pour que nous puissions la traverser. Le trajet devait durer deux heures. Arrivés en bas de la montagne, nous avons attendu le bateau plus d’une heure. Nous sommes arrivés à Sanjiang à presque 13H.

Le déjeuner était très copieux, Huang Kezheng le cadre du parti, travaillant à Liuzhou avec les autorités locales a commandé une quantité de plats délicieux. Nous étions dans un restaurant dong. La cuisine était raffinée. Monsieur Huang était accompagné de sa secrétaire et d’une élue de Sanjiang. J’ai eu droit à une petite enquête de sa part concernant mes origines, mes études, ma famille, mes amours… Il doit rendre compte auprès de ses collègues de notre entrevue et a besoin d’informations parfois assez personnelles comme la réaction de mes parents face à mon choix de vivre ici, mon mode de vie, ma consommation de cigarette ou d’alcool, les raisons de mon choix, le type de visa que j’avais… J’ai répondu de manière assez franche, évitant seulement de développer le sujet concernant mon visa, bien qu’il connaisse la réalité.

Nous avons pris des photos durant le repas, nous sommes échangés nos wechat. Après le repas, nous nous sommes promenés dans cette jolie ville où le gulou (bâtiment servant de point de rassemblement chez les dong et les miao) est le plus grand, où une arène en bois siège en haut d’une colline et accueille quotidiennement des taureaux qui combattent pour le plaisir des spectateurs. Nous nous sommes arrêtés dans un salon de thé et avons goûté quatre thés de la région, Sanjiang étant réputé pour cela. Le thé est très parfumé, si bien qu’on croirait que des fleurs ont été ajoutées aux feuilles, l’un d’entre eux particulièrement avait un goût sucré comme le xilythol alors que ce n’était vraiment que du thé. Après d’agréables échanges courtois, nous sommes repartis vers 16H30 et avons encore attendu très longtemps pour traverser la rive. Puis, alors qu’il ne restait qu’une trentaine de minutes avant d’arriver à Danian, nous avons été bloqués plus d’une heure à cause d’un éboulement. Finalement nous avons marché pour rejoindre la voiture d’un ami de Jia Lixin (alias Jerry) qui après nous avoir déposées à Danian est reparti pour pouvoir rendre la voiture et récupérer la sienne lorsque le chemin sera déblayé. Nous sommes arrivées, Nora et moi à 20H, j’ai acheté ma valise de cabine pour mon voyage de demain et nous avons dîné. Demain matin, je pars à 9H avec le chauffeur de Pays Miao, Liang Xueyi pour Congjiang. Mon train est à 12H55 et j’arriverai à Guangzhou vers 17H. Encore beaucoup de route donc. Il n’est vraiment pas simple de quitter Danian ou de s’y rendre, on est dépendants tant des chauffeurs que des conditions météorologiques ou encore des imprévus d’une nature capricieuse.

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08 avril 2016

une semaine déjà

baozi

03.04

Hier soir, Nora est venue me chercher avec la cuisinière de Pays Miao. Lorsque des visiteurs, souvent des parrains viennent à Danian pour visiter la région et rencontrer les filleuls, ils choisissent souvent cette agence qui propose des forfaits au jour comprenant l’hébergement, le transport, les repas, les visites le tout avec un guide. Ainsi, de nombreuses personnes ne parlant pas chinois ou ne sachant voyager seules peuvent découvrir cette magnifique contrée et vivre auprès des locaux dans un confort assuré.

Nous étions invitées à dîner chez Monsieur et Madame Ma, un couple de commerçants important à Danian. Ils tiennent le restaurant le plus renommé du village et c’est en général chez eux que les repas officiels ont lieu. M. Ma a ouvert un nouvel abattoir avant-hier et a profité de notre venue pour inviter de nombreux villageois. Il a ainsi commencé ses affaires en proposant un grand repas avec comme à l’accoutumée beaucoup d’alcool. Je précise donc que je ne peux pas boire car cela me rend malade mais que par politesse je trinque avec eux et sirote délicatement. Pour le moment, mon discours passe plutôt bien, Nora, Pierrick et Marine, qui étaient en poste auparavant n’ont pas eu le même discours et ont donc tous dû boire beaucoup car ils avaient montré qu’ils en étaient aptes. Ici, l’alcool est un signe de convivialité, les hommes trinquent entre eux pour se montrer leur respect et leur amitié. Je ne veux pas leur manquer de respect mais ne désire nullement rentrer ivre chaque soir et je veux surtout montrer une image sérieuse de l’association, de mon poste.

Durant toute la soirée, des voisins venaient s’installer à la table, grignoter, bavarder et trinquer. Les femmes ne boivent pas durant ce genre de repas, toutefois, ce soir par exemple, elles étaient elles aussi de la partie, la plupart préférant la liqueur d’arbouse (faite d’alcool de riz dilué dans beaucoup de jus d’arbouse et appelée vin). En général, les femmes boivent entre elles et lors d’évènements importants. Le propriétaire de la maison miao, appelé Fang dong (propriétaire) m’a appris comment faire le fameux suan cai, le plat de légumes vinaigré prisé par les miao et les dong. Beaucoup de femmes avaient quitté la table depuis longtemps car rassasiées et quelques hommes en ont fait de même mais pour une autre raison, celle de l’ivresse. Nous sommes finalement rentrées vers 23H30 et, passant devant la maison des Chen, nous y avons été invitées pour picorer des pépites de tournesol et bavarder. Le sujet principal étant le départ de Nora, leur désir qu’elle revienne vivre à Danian avec son mari, Nora répondant qu’encore faudrait-il le trouver et de là, des discussions passionnées prennent place. Les Chen, dont la grand-mère âgée de 92 ans, sont adorables et vraiment touchés par le départ de Nora, elle est devenue presque de la famille.

Ce matin, après avoir revu ce que j’ai appris la veille avec Nora, je suis allée au supermarché. La plupart des étalages sont vides car il vient à peine d’ouvrir. J’ai tout de même trouvé de la lessive, du gel douche et du shampooing, par contre j’ai dû acheter les cotons-tiges et ma gourde dans une petite boutique. La gourde est un objet incontournable en Chine, tout le monde en possède une. Dans la maison miao, il n’y a que de petits verres peu pratiques pour boire un thé chaud ou même de l’eau chaude (pratique très usuelle et normale, qui plus est, bonne pour la santé, le fait de faire bouillir l’eau élimine nombre de bactéries et la rend donc potable), aussi m’était-il urgent d’avoir ma gourde. Après avoir acheté quelques fruits, j’ai croisé Nora et nous sommes allées manger une soupe de pâtes de riz chez M. et Mme Wu, des restaurateurs situés en face de la poste. Comme toujours nous avons été très bien accueillies. Après le repas, nous avons vu le planning des prochaines semaines précédant le départ de Nora. De nombreux parrains viendront à Danian. Le 7 mai, nous participerons, Nora et moi au gala de charité organisé par Benelux, un de nos mécènes,  à Shanghai.

Ce soir, nous devions rester chacune chez nous, Nora pour se reposer, moi pour travailler mais elle a été invitée en chemin et m’a donc demandé de la rejoindre. C’est la veille de la fête des ancêtres, les gens se réunissent autour d’un repas et d’alcool. J’ai rencontré de nombreuses femmes dont la propriétaire du seul hôtel de Danian et quelques commerçantes. Nous ne sommes pas restées très longtemps car je voulais travailler et Nora était fatiguée.

J’ai passé la soirée à travailler, accompagnée d’éclairs fulgurants, de grondements célestes assourdissants et d’une pluie incessante. Ce climat chaud et humide reste pourtant à apprécier car c’est de lui que résulte la splendide végétation de la région.

05.04

J’ai enfin visité le bureau de CDC où je travaillerai, j’ai rencontré Jia Lixin (Jerry, le chef d’équipe) et Xiao Ye (la comptable). Jerry est en poste depuis la création de CDC par Françoise. Il était son traducteur, son guide. Ce matin, il est arrivé au bureau avec des pétards, de l’encens et une poule pour que l’on puisse honorer Françoise. Il apportera aussi de l’alcool et des plats cuisinés pour la nourrir. Nous irons cet après-midi sur sa tombe avec l’équipe puis iront dîner ensemble chez M. Ma. Le bureau est une grande pièce où viennent travailler la comptable, le chef d’équipe, le chef de chantier (Liang Bo), la traductrice (Xiao Shi) et la responsable du fichier filleul (Xiao Chen). Les filleuls y passent deux fois par an, pour remettre leur lettre de remerciement, leur frais de scolarité et leurs résultats scolaires. Certains, ne pouvant se déplacer, envoient le tout via QQ (sorte de MSN chinois). En fin de matinée, Mme Chen nous a invitées à boire le thé traditionnel de la région. Ce thé amer est agrémenté de céréales soufflées et grillées. Deux voisines nous on rejoint, les bavardages étaient très amicaux, très plaisants. L’un des enfants de l’une d’elles veut arrêter les études se marier et devenir garagiste. Il a 17 ans. Nous avons discuté de ces nombreux jeunes qui pensent que les études sont difficiles et que la vie d’adulte est bien plus simple. Nous avons aussi parlé de la fête zhuang du 3 mars (calendrier lunaire). Ca tombera samedi, Jerry a négocié un jour de repos avec Nora qui a accordé à l’équipe le vendredi après-midi. La région dans laquelle nous sommes est peuplée de miao, de dong, de zhuang et de han. Les fêtes traditionnelles sont donc quadruplées.

Hier, c’était la fête des morts. Suite au gros orage de la veille, il a fait très frais et les moustiques se sont multipliés. Nora est venue l’après-midi pour que nous travaillions sur les différents fichiers. Après une après-midi bien riche d’informations, nous sommes allées acheter nos fruits et légumes. Le choix est assez restreint comparé à ce que nous pouvons trouver en ville, toutefois, les produits sont locaux et de qualité. Les pommes et oranges sont très bonnes, les goyaves et pomelos moins car ce ne sont pas des fruits de saison ici. En rentrant, j’avais découpé ma racine de laitue et mon tofu pour pouvoir les faire cuire, malheureusement, la gazinière ne fonctionnait pas, j’ai donc blanchi le tout à l’eau bouillante. Heureusement, la bouilloire et le cuiseur à riz fonctionnent très bien.

J’ai passé la soirée à réviser, accompagnée par les aboiements du chien, les conversations des voisins et les coqs qui ne cessent de chanter.

J’ai rejoint Nora dans son appartement qui est en face du bureau de CDC où nous nous sommes rendues. J’ai rencontré Liang Bo, Xiao Shi et Neiyo la deuxième cuisinière de Pays Miao. Nous sommes allés ensemble, Xiao Ye nous ayant rejoint sur le chemin, sur la tombe de Fang Fang. Nous avons apporté des bananes, du riz, des pommes, de l’alcool de riz. Nous avons jeté des papiers sur toute sa tombe pour lui apporter bonne fortune et le chamane a récité des incantations, a sacrifié une poule et nous a fait partagé un verre d’alcool. Nous avons aussi mangé chacun une banane pour nourrir notre ancêtre et lui avons offert de l’encens après avoir prié trois fois devant sa tombe. Ensuite, une chaîne de pétards et des petites fusées ont explosés afin de repousser les mauvais esprits.

Nous sommes rentrés, Neiyo est venue me montrer comment allumer le gaz puis nous avons bavardé toutes les deux de la beauté d’un paysage aux yeux d’un étranger et de sa banalité aux yeux d’un local. Je lui ai montré des photos de France, elle était ravie. Elle a deux enfants, un fils de 28 ans qui ne travaille pas mais est marié et une fille de 25 ans dont la situation est inversée.

Après avoir rejoint Nora à 18H30 dans son appartement, nous sommes allées chez les Ma. Xiao Shi, Li Hua e Neiyo étaient déjà arrivées, Liang Bo, Jia Lixin et Xiao Ye sont arrivés peu après. Le dîner fut très plaisant. Nous avons dégusté les plats qu’aimait Fangfang (son préféré, d’après Jia Lixin était  l’omelette aux tomates). Nous avons de nouveau trinqué avec l’alcool d’arbouse et avons commencé à créer de liens. Xiao Ye était à côté de moi, elle ne boit presque pas, elle vidait son verre par terre par petite goutte et de manière complice, m’a conseillée d’en faire tout autant. Malheureusement, j’ai été prise en faute, du coup, on m’a resservi un verre entier, à savoir tout de même que ce sont des verres de saké. Les filles sont plus jeunes que moi de quelques années, elles sont toutes mariées et ont un enfant. Xiao Chen, que je n’ai pas encore rencontrée en a deux. Xiao Ye est miao et dit que sa langue est beaucoup plus simple que le dong qu’elle ne comprend pas. Le mari de Xiao Shi nous a rejoint dans la soirée, il est han, ils se sont rencontrés au lycée dans le Guizhou, une province voisine. Il ne comprend pas non plus le dong qui est pourtant assez utilisé à Danian. Il arrive souvent que des mots dong ou miao apparaissent dans une conversation en putonghua (mandarin, langue commune).

Monsieur Ma est venu s’attabler à la fin du repas, il était déjà ivre. Il m’a rappelé que depuis la mort de Fangfang, l’équipe venait toujours chez lui pour dîner en son honneur. J’ai très bien compris le message de cet excellent commerçant.

06.04

Ce matin, je commence mon travail après avoir fait ma lessive qui sèche au soleil. J’attends Nora qui me rejoindra à 10H30 pour continuer la formation. Nous avons travaillé sur les pré attributions, fait les cartes de parrainage et les lettres qui vont avec, envoyé le tout à l’équipe de Danian dont Jerry (Jia Lixin) qui ira les imprimer et les envoyer en ville. Les données reçues avaient plusieurs anomalies, nous avons passé la journée dessus. J’ai tout de même cuisiné à 13H afin que nous rechargions nos batteries et nous avons terminé le tout à 17H. C’est un travail de longue haleine, où patience, rigueur et organisation sont primordiales.

J’ai observé Nora sur le fichier de janvier hier et j’ai fait celui de février aujourd’hui. Je suis très satisfaite d’avoir appris tant de choses rapidement et de pouvoir enfin mettre la main à la pâte. Il est 17H30, nous sommes lessivées mais heureuses de notre travail.

07.04

La nuit a été rude, il a commencé à pleuvoir très fort à 23H et ça n’a cessé qu’ 09H le lendemain matin. Dans la maison de Pays Miao, il y a eu une coupure d’électricité jusqu’au matin et quelques fuites d’eau dans les couloirs car les toits sont en tuile (contrairement aux chambres où un plafond en bois protège parfaitement). Nora a prévenu Neilian ce matin afin que des réparations soient faites car des visiteurs vont arrivés samedi. J’ai aussi suggéré qu’une moustiquaire soit installée au rez-de-chaussée car il n’y a pas de porte entre la terrasse et le salon et donc, le soir, lorsque l’on allume les lampes, beaucoup d’insectes entrent et le festin des moustiques est donc assuré. Nora est arrivée à 11H30 et a montré les différentes fuites à Neilian et Neiyo, les deux Ayi (appellation pour les femmes de ménage, gardiennes ou encore nourrices, la traduction exacte étant « tante »).

En rentrant du marché, les deux Ayi prenaient le thé local et m’ont invitée à les accompagner. J’ai proposé de leur faire la cuisine pour que nous partagions le déjeuner ensemble. Malheureusement, j’ai acheté des graines d’anis que j’avais prises pour du cumin, mon plat était d’une saveur très nouvelle pour nous trois mais la convivialité du moment aidant nous avons pu le savourer. Neilian est zhuang mais elle s’est mariée à un dong et a donc appris la langue puisqu’une femme mariée devient membre de la famille de son mari. Les femmes, traditionnellement, vont vivre avec leurs beaux-parents qu’elles considèrent comme les leur, et prient les ancêtres de leur belle-famille. Neilian fabrique des sacs en tissu traditionnel. Elle m’a expliqué le procédé, un sac prend environ deux jours à faire. Elle les vend aux quelques visiteurs de Pays Miao mais n’en tire pas grand-chose. Ceci-dit, ce n’est pas sa source de revenu principale, elle tisse par plaisir, pour faire connaître une tradition locale.

08.04

L’électricité a encore été coupée cette nit, j’ai été réveillée par l’orage et les hurlements des chiens. Ce matin, il fait gris et un peu frais, le village commence à se réveiller, le collège annonce le début des cours un peu avant 8H (ces derniers débutent à 8H30), les mobylettes grognent, les oiseaux s’en donnent à cœur joie et les gens commencent à se saluer.

Les pétards continuent de retentir dans tout le village, la fête des ancêtres dure ici près d’une semaine (tandis qu’en ville, c’est souvent un à deux jours).

Après une après-midi de travail chez Nora sur différentes procédures d’envoi de colis et de lettres, de proposition de chantiers et d’enregistrement informatique des données, nous sommes allées chez Neiyo qui nous attendait avec son frère, un des chamanes du village. J’avais montré la plaie douloureuse que j’ai au talon à Neiyo la veille pour qu’elle sache qui pouvait me soigner. Neiyo habite dans le haut Danian, un quartier un peu moins animé que la rue commerçante principale. Le chamane a observé ce qu’il a appelé une « chair découpée » (rou ding, 肉丁) et m’a montré un livre datant de l’époque de Mao où nombre de plantes médicinales sont référencées. Il est allé chercher des herbes dans la montagne tandis que nous nous sommes attablées avec le reste de la famille. Le chamane est revenu, a broyé les plantes amères et a ajouté à sa pâte de l’alcool. Il a déposé le tout sur mon talon qu’il a ensuite protégé d’un tissu et m’a demandé de ne pas y toucher durant 24H. Nous retournerons le voir ce soir pour qu’il refasse le remède si besoin.

Entre temps, la femme du fils de Neiyo, Ami, nous a invitées à dîner avec elle et ses amies. Nous avons abordé le sujet de l’alcool qui est si important ici. C’est un réel plaisir de partager un repas avec les villageois, mais lorsqu’ils veulent boire, ils ne comprennent pas que l’on ne veuille les suivre et attendent donc notre aval. C’est assez déconcertant mais ça ne semble tout de même pas une pratique obligatoire, hier soir, il n’y avait pas d’alcool, la soirée fut d’excellente qualité. Ami est institutrice pour les enfants de 3 à 6 ans, son mari ne travaille pas mais la sœur de ce dernier est infirmière. Durant le repas, étant entourée de dong, j’ai appris quelques mots en rapport avec le repas : gie pour œuf, ba pour poisson, ma som pour les légumes fermentés (un condiment essentiel dans la région, c’est un peu comme le kimchi coréen, chaque famille a sa propre recette), nyong pour c’est délicieux. Les transcriptions ici ne sont qu’à titre indicateur, je ne connais pas du tout les tons et l’orthographe dong. Les gens m’encouragent à apprendre le donghua (la langue dong), je réponds toujours que je voudrais pratiquer mieux mon chinois avant et ils disent tous que ce dernier est très bon et que je n’ai pas besoin d’apprendre plus. Ce compliment est plaisant et je sais qu’ils le pensent, toutefois, j’ai encore beaucoup de vocabulaire manquant. Rien n’empêche d’apprendre quelques autres mots.

En rentrant chez nous, nous avons croisé Lihua qui travaille pour Pays Miao. Nous la verrons cette après-midi pour organiser la venue, demain, des cinq touristes. A priori, j’irai avec Ming Rong, le chauffeur, les chercher dès le matin à Congjiang puis nous irons visiter Fulu, un village proche où les habitants de la région viennent pour célébrer la fête du troisième jour du troisième mois lunaire (3yue3). C’est donc ma dernière journée seule dans la maison miao.

Cette arrivée à Danian est véritablement enrichissante. En une semaine déjà, j’ai appris tant de choses sur mon travail, sur les traditions locales, sur les habitudes quotidiennes en milieu rural où la modernité est encore peu présente. Bien sûr, Danian se transforme vite. Un supermarché ouvert depuis quelques semaines, des nouvelles routes, des habitants qui décident de faire construire une maison en brique, pour imiter les voisins et ne pas perdre la face, montrer leur situation aisée même si beaucoup s’endettent. Pour les touristes, étrangers et chinois, la démolition des maisons traditionnelles en bois est une perte, un appauvrissement de la culture, toutefois, au niveau du confort et de la sécurité que les bâtiments offrent, le choix est vite fait. S’il était possible de construire de nouvelles maisons en bois avec des matériaux solides, isolants et sécurisés (surtout contre les incendies), la réflexion serait tout autre, or, pour le moment, le coût est trop élevé.

Ce matin, tandis que j’écrivais cet article, Fangdong a frappé à la porte, il est sorti il y a une heure environ et a oublié ses clefs. N’ayant pour le moment pas encore de bureau, je m’installe dans le salon pour travailler et j’ai pu lui ouvrir. Il est allé acheter son petit déjeuner, des baozi (pain vapeur fourré à la viande, aux herbes ou parfois aux haricots rouges, aux œufs…).

Il m’est encore assez difficile d’avoir un rythme routinier mais je commence à m’habituer aux coutumes locales. Je me lève tôt (comme à mon habitude), écris mes ressentis, mes expériences, réponds aux mails puis suis ma formation avec Nora. Je commence à avoir quelques connaissances, à créer mon petit réseau social grâce aux discussions dans la rue, durant les repas et grâce à l’application wechat.

MingRong est passé ce matin pour faire l’état des lieux des fuites, il m’a donné rendez-vous demain à 9H pour que nous allions ensemble chercher les quatre visiteurs.

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02 avril 2016

Danian, la grande année

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02.04.16

Je suis enfin arrivée dans ce magnifique bourg après un très long voyage. J’ai quitté Paris le 30 mars à 19H50 et ayant une escale de huit heures  à Séoul, j’en ai profité pour visiter un peu la ville. Un service gratuit de tours est offert aux étrangers en transit. Plusieurs tours sont proposés, variant selon l’horaire, le temps et les lieux visités. Etant arrivée à 14H, je n’avais plus qu’un choix possible, celui de 15H qui proposait la visite d’un marché alimentaire. Le tour n’était pas exceptionnel mais cela m’a permis de ne pas rester dans l’aéroport à tourner en rond. J’ai pris mon second vol à 20H et suis arrivée vers minuit à Guangzhou (Canton). J’avais réservé un hôtel (Baiyun Hôtel) sur booking.com, il suffisait de téléphoner aux employés pour qu’une navette gratuite vienne me chercher. J’ai demandé à l’employée du point information de l’aéroport de passer le coup de téléphone et le chauffeur est arrivé moins de cinq minutes après. L’hôtel se trouve dans une ruelle sombre et lugubre mais est très confortable, le personnel très aimable. Le temps de prendre une douche, refaire ma valise afin d’y ranger mes vêtements d’hiver que je portais en France et bien trop chaud pour Guangzhou , d’envoyer quelques mails (dont un précisant mon changement d’adresse car gmail est censuré) et wechat (application similaire à what’s app qui est censuré aussi), je n’ai pu me reposer que trois heures et suis repartie tôt le matin pour prendre le métro m’amenant à la gare du sud. Le trajet a duré un peu plus d’une heure trente depuis l’aéroport. J’étais surprise de découvrir une gare toute neuve, avec un wifi gratuit et des restaurants et petites boutiques partout. Ce genre de gare routière se développe à grande vitesse en Chine, elles ressemblent à des aéroports, spacieuses, propres, bien organisées. Serait-ce bientôt la fin des gares effrayantes d’antan où il fallait arriver au moins deux heures avant le départ pour être sûr d’avoir son train tant la foule était grande ?

Olga, mon ancienne étudiante chinoise avait acheté mon billet sur internet et est venue me retrouver à la gare, nous avons retiré le billet ainsi que de l’argent avant mon grand départ vers la ruralité.

Le trajet en train rapide était très plaisant, le train propre, calme et confortable. Après quatre heures de route, je suis arrivée à Congjiang où le chauffeur m’attendait. Je l’ai reconnu car j’avais vu sa photo avant de partir. Nous avons mis près de deux heures à arriver à Danian, dû surtout au fait qu’il faille traverser un fleuve et donc attendre que le bateau de la rive d’en face soit rempli pour déposer voitures, motos et personnes de l’autre côté. Après la traversée, les routes bétonnées commençaient à se faire rares et nous parcourions les montagnes, noyés dans une luxuriante végétation.

Nora, qui est en poste actuellement et qui va me former jusqu’à son départ prévu pour juin, nous attendait sur la place principale de Danian où se trouvent un hôtel et une poste. C’est aussi là qu’est le bureau de Couleurs de Chine. Après un accueil fort chaleureux, nous sommes allées déposer mes affaires dans une des chambres de la maison d’hôtes de Pays Miao (une agence touristique issue de CDC). La maison est faite à partir du modèle miao : tout en bois, sur un étage. J’y logerai jusqu’en juin puis reprendrai l’appartement de fonction de Nora. Nous sommes allées dîner chez un couple voisin de l’appartement de Nora. Monsieur et Madame Chen sont très chaleureux, ils nous ont cuisiné un repas de roi avec le plat principal de la région : un mélange d’herbes et d’épices hachées. La cuisine locale est surtout acide et pimentée, autant dire que je suis aux anges. Nous avons dégusté une dizaine de plats avec un bol d’alcool de riz gluant, très fort que Nora et M. Chen ont eu la gentillesse de m’aider à finir. Ce couple âgé est un peu comme une deuxième famille, ils sont au petit soin pour Nora et sont ravis d’en faire autant pour moi, lorsque Nora partira.

La nuit fut reposante et je me suis réveillée assez tôt du fait des chants des coqs et des mélodies rythmées pour les  exercices physiques matinaux diffusées dans la rue.

Le lendemain matin, Nora est venue me chercher pour me faire visiter le bourg constitué de deux petites rues principales le long desquelles des boutiques de vêtements, de fruits, de denrées alimentaires, d’outils en tout genre sont installées. Pendant que nous mangions un bol de pâtes de riz, Mis Shi, une ancienne filleule qui travaille désormais à Nanning (capitale du Guangxi) en tant que professeur nous a rejointes. Elle est rentrée à Danian pour le Qingmingjie (la fête des morts, débutant le soir du 4 avril).

Le chiffre 4 se prononce comme le mot mort, il est donc peu apprécié, il arrive que certains bâtiments n'aient pas de 4e étage par exemple. C’est donc ce soir là que commence la fête qui honore les ancêtres. En général, chaque famille va sur les tombes des ancêtres, les nettoie, y prie.

J’ai demandé à Mis Shi d’acheter une carte sim avec sa carte d’identité car cette dernière est désormais obligatoire, aussi est-il difficile pour un étranger d’en acheter une seul.

Nous avons continué notre balade puis nous sommes rentrées travailler sur les différents fichiers de CDC. Le travail de Nora qui sera bientôt le mien commence à m’être familier grâce aux différentes formations faites par CDC à Paris et les nombreuses explications, présentations de Nora.

Le bureau ouvrira mardi car lundi sera fermé du fait de la fête. La période de transition de trois mois est vraiment une aubaine car le travail que fait Nora est dense, les missions à mener à bien sont nombreuses et j’espère pouvoir y parvenir aussi bien qu’elle.

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